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Négociations avec la CEDEAO : Entre progrès et hésitations

Le général Abdourahamane Tiani et le Président togolais Faure Eyadéma

Les négociations entamées avec la Communauté Économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) par les autorités nigériennes de transition démarrées au lendemain de la Conférence des Chefs d’Etat et de Gouvernement de l’organisation communautaire du 10 décembre 2023 se poursuivent discrètement. Du 14 décembre à aujourd’hui, le Président togolais Faure Essozimna Gnassingbé et son Ministre des affaires étrangères Robert Dussey s’y sont activement impliqués et ont fait plusieurs navettes entre Lomé et Niamey.

Des avancées significatives ont été enregistrées dans les pourparlers et les positions rigides voire antagoniques de départ ont fait progressivement place à un dialogue fécond qui laisse espérer une sortie de crise proche. Il reste toutefois qu’on observe un certain pédalage qui plombe les négociations dans un contexte où les difficultés se font durement ressentir au sein des populations qui prient pour la levée rapide des sanctions qui paralysent le pays.

 

Il y’a un mois rien ne laissait présager une grande évolution dans les négociations entre les autorités nigériennes de transition et la CEDEAO. Les positions, de part et d’autre étaient en effet rigides voire extrêmes. Pendant que l’organisation communautaire laissait planer une intervention militaire imminente sur le Niger, le Conseil National pour la Sauvegarde de la Patrie (CNSP), le nouvel organe militaire dirigeant et les populations soudées autour de lui se radicalisaient fermant toute porte aux négociations. C’était un moment d’intenses invectives et de déclarations menaçantes qui éloignaient toute perspective de sortie de crise.

Vers la fin du mois de décembre 2023, les passions commençaient à s’apaiser et le sommet des Chefs d’Etat et de gouvernement du 10 décembre qui a reconnu le CNSP et abandonné toute alternative d’intervention militaire ainsi que son exigence du rétablissement du Président déchu Mohamed Bazoum dans ses fonctions présidentielles a été un détonateur pour l’ouverture de négociations sous la houlette de deux Chefs d’État désignés par la Conférence.

Le premier round de négociation qui s’est effectué à Niamey le 14 décembre 2023 a enregistré des progrès notoires.

A l’issue des pourparlers, le Ministre des Affaires Étrangères togolais Robert Dosso exprimait son espoir de voir une feuille de route se dessiner et une convergence de vue sur la durée de la transition. Même son de cloche du côté du Premier Ministre Nigérien de la transition Ali Mahamane Lamine Zeine qui était confiant quant à l’issue du processus.

Dans la sous-région, le Bénin et le Nigeria qui avaient des positions tranchées ont fini par fléchir. Le Président Béninois Patrice Talon lâchait dans le sens de la décrispation ‘’qu’il y ’a un temps pour condamner, un temps pour exiger et un temps pour faire le point, voire prendre acte…’’. Une déclaration qui tranchait avec la position inflexible tenue par la CEDEAO depuis les événements du 26 juillet 2023 au Niger qui ont renversé le Président Bazoum.

Du côté du Nigeria, le Président Ahmed Bola Tinubu a fini également par lâcher du lest sous la pression des populations des États du nord limitrophes du Nigeria. De même que les déclarations souvent provocatrices de son ministre des affaires étrangères à l’endroit des autorités nigériennes de transition se sont arrêtées net.

Ces changements de discours et de ton ainsi que la désignation des chefs d’Etat du Togo et de la Sierra Léone, médiateurs de la CEDEAO ont permis aux négociations de s’accélérer, aboutissant à la libération du fils du Président déchu, Salem Mohamed Bazoum détenu au Palais présidentiel avec ses parents.

Au niveau du Conseil National pour la Sauvegarde de la Patrie (CNSP) et du Gouvernement de transition, l’on a enregistré un certain fléchissement après la conférence des Chefs d’État de la CEDEAO.

La désignation des médiateurs togolais et sierra léonais qui poursuivent les négociations dans la discrétion ont permis d’enregistrer des progrès notables.

Toutefois, il faut noter qu’il y’ a encore des hésitations et des points d’achoppement.

La semaine dernière, pendant qu’une lettre du Premier Ministre de la transition Ali Mahamane Lamine Zeine adressée au Médiateur et notifiant un report du round des négociations au 25 janvier, circulait sur les réseaux sociaux, ce dernier invitait, à la libération de Salem Mohamed Bazoum, le Ministre des affaires étrangères togolais et la délégation qui l’accompagne de revenir dès la semaine prochaine. Une invitation qui a été perçue comme un rétropédalage teinté d’hésitations sur la poursuite des négociations, d’autant que le Premier Ministre savait bien qu’il avait un agenda chargé comme indiqué dans sa lettre. En effet, le Premier Ministre avait dans son carnet une mission qui durera 11 jours et qui le conduira en Russie, en Serbie, en Turquie et au Maroc entre autres.

Autre point d’achoppement dans les négociations, la libération du Président déchu Mohamed Bazoum et de son épouse ainsi que la durée de la transition que le Premier Ministre semble lier à la tenue des assises du dialogue National inclusif, toujours renvoyé aux calendes grecques. En dehors du lancement du forum régional d’Agadez le 1er  janvier dernier et de la tentative avortée de Niamey depuis le mois de novembre, point d’assises en tant que telle. Du moins telle que la perçoivent les potentiels acteurs qui vont y participer.

L’autre élément d’hésitations c’est aussi toutes ces voix qui s’élèvent pour réclamer péremptoirement le départ de la CEDEAO pour renforcer l’Alliance des États du Sahel, le rapprochement avec la Russie, l’abandon de l’UEMOA, comme si la CEDEAO ne présente plus aucun avantage pour le Niger. Mais il faut dire que malgré cette atmosphère émaillée souvent de discours radicaux et tranchants, le CNSP et les Médiateurs restent fixés sur leur objectif de parvenir à un consensus pouvant permettre au Niger d’obtenir la levée partielle ou totale des sanctions qui le fragilisent pendant 5 mois et qui rendent les conditions de vie des populations de plus en plus difficiles.

Adoum Boulkassoum

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