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Allocution de Claver Gatete, Secrétaire général adjoint de l’Organisation des Nations Unies et Secrétaire exécutif de la Commission économique pour l’Afrique (CEA) à la Quarante-quatrième session ordinaire du Conseil exécutif

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Monsieur Dhoihir Dhoulkama, Président du Conseil exécutif et Ministre des affaires étrangères de l’Union des Comores,

Monsieur Moussa Faki Mahamat, Président de la Commission de l’Union africaine,

Ambassadeur Taye Atske Selassie, Ministre des Affaires étrangères de la République fédérale démocratique d’Éthiopie,

Madame Monique Nsanzabaganwa, Vice-Présidente de la Commission de l’Union africaine,

Mesdames et Messieurs les Ministres et chefs de délégation,

Mesdames et Messieurs les Commissaires de l’Union africaine,

Chers invités,

Mesdames et Messieurs,

J’ai l’honneur de prendre la parole devant le Conseil exécutif sur le sujet important de l’éducation, choisi comme thème de l’Union africaine pour cette année.

Ce sommet marque un tournant dans l’engagement que nous avons pris de transformer notre système éducatif en un système « adapté aux besoins » du monde d’aujourd’hui.

L’éducation est un droit humain fondamental et un outil essentiel pour la réalisation de nos objectifs collectifs de développement socioéconomique.

Si nous ne fournissons pas à nos populations une éducation accessible et inclusive, nous les privons de ce droit.

Nous limitons aussi nos perspectives de transformation structurelle.

Pourtant, il reste beaucoup à faire pour assurer l’éducation pour tous en Afrique.

Aujourd’hui, la quantité, la qualité et l’égalité d’accès restent les principaux obstacles.

D’ici 2030, près d’un jeune sur deux dans le monde sera africain.

Mais cette évolution de la dynamique démographique ne s’accompagne pas de l’acquisition de compétences indispensables permettant aux Africains de faire pleinement partie d’une main-d’œuvre en mutation.

Selon l’UNESCO, plus de 700 millions de jeunes et d’adultes sont dépourvus de compétences de base en matière d’alphabétisation, les femmes représentant la proportion la plus importante.

En outre, 40 % des enfants issus des familles les plus pauvres ne terminent pas l’école primaire, contre 80 % des enfants issus des familles les plus riches qui la terminent (ONU, 2022).

Certains pays africains n’enregistrent aucun taux d’achèvement du deuxième cycle de l’enseignement secondaire pour les filles issues des milieux les plus pauvres[1] (UNESCO/CUA 2023).

Mesdames et Messieurs,

Dans les années 1960, les dirigeants africains s’interrogeaient sur la pertinence du système éducatif colonial pour répondre aux besoins de développement de l’Afrique.

Pourtant, six décennies plus tard, nous continuons à nous poser la même question : Notre système éducatif et nos programmes scolaires actuels préparent-ils les jeunes Africains au marché du travail de demain ?

La pandémie de COVID-19 a accéléré l’adoption de la technologie dans de nombreuses industries et les crises multiples actuelles nous obligent à repenser au contexte mondial.

Les technologies agricoles intelligentes, les plateformes numériques, le commerce électronique, l’automatisation et l’intelligence artificielle sont en train de changer les compétences requises dans de nombreux secteurs économiques.

Les sciences, la technologie, l’ingénierie et les mathématiques (STEM) sont désormais des compétences pour l’avenir.

Les professions STIM créent plus de richesses et améliorent la compétitivité et la croissance économique (Brookings, 2018).

En outre, l’intégration de l’enseignement et de la formation techniques et professionnels (EFTP) dans les systèmes éducatifs peut stimuler l’esprit d’entreprise, la créativité et l’innovation.

Pourtant, moins de 25 % des étudiants de l’enseignement supérieur suivent des cours de STIM.

Le fossé frappant qui sépare les hommes et les femmes est illustré par le fait que les femmes ne représentent que 30 % des étudiants en STIM.

L’insuffisance des ressources, le manque d’instruction et l’absence de connaissances de base en calcul limitent le paysage des STIM en Afrique.

Nous devons donc nous demander : « Quels investissements devons-nous faire aujourd’hui pour former une main-d’œuvre pour demain ? »

Mesdames et Messieurs,

Dispenser une éducation de qualité est un impératif.

Cela nécessite une transformation numérique des systèmes éducatifs.

Nous assistons à une mutation numérique de la main-d’œuvre mondiale.

Or l’Afrique ne représente que 0,1 % de l’innovation mondiale.

Et nos dépenses en recherche-développement ne représentent en moyenne que 0,45 % du PIB.

En outre, la part de l’Afrique dans les demandes mondiales de brevets n’est que de 0,5 %, contre 66,8 % pour l’Asie, par exemple.

Il ne fait pas de doute que c’est faire preuve de bon sens que d’accroître les investissements dans les systèmes éducatifs africains dans des domaines qui renforcent les capacités de production du continent et stimulent sa compétitivité au niveau mondial.

L’industrialisation durable et la diversification économique restent les voies les plus prometteuses pour la création d’emplois et de richesses.

L’innovation sera le fondement de la réalisation de cet objectif.

Par conséquent, l’amélioration de l’éducation, en particulier les investissements dans les STIM et l’EFTP, est une condition sine qua non pour développer les capacités de production requises.

Pour que la Zone de libre-échange continentale africaine fonctionne, nous avons besoin d’une révolution des compétences reposant sur les sciences, la technologie, l’ingénierie et l’innovation.

Mesdames et Messieurs,

L’Afrique ne peut pas se permettre de jouer petit bras dans cette quatrième révolution industrielle.

Nous devons jouer un rôle moteur pour ne pas rater une occasion de plus.

Nous pouvons développer des capacités technologiques qui favorisent la création de valeur ajoutée dans des secteurs stratégiques tels que l’agroalimentaire, l’industrie manufacturière, les transitions vertes, la santé mondiale, etc.

Nous pouvons réaliser des économies d’échelle et d’agglomération, car nous disposons de la main-d’œuvre nécessaire.

Lorsque nous intégrons l’EFTP dans un système éducatif modernisé, nous assurons la création de marchés du travail capables de rendre les microentreprises, les petites et moyennes entreprises plus compétitives.

Mesdames et Messieurs,

L’éducation est la solution la plus proche de la panacée dont nous disposons pour parvenir à un changement porteur de transformation.

Mais, pour obtenir des résultats mesurables, il faut investir dans les infrastructures, les ressources et l’élaboration de programmes d’enseignement appropriés.

Des programmes d’enseignement qui permettront à l’Afrique de tirer parti de son capital naturel et humain et du dividende démographique, au moment où certaines régions du monde sont aux prises avec le problème du vieillissement de leurs populations.

À cette fin, nous devons de toute urgence traduire nos promesses en actions concrètes.

Nous savons que des contraintes budgétaires sans précédent influent sur la réalisation par les gouvernements des déclarations d’Incheon et de Paris.

 

 

Néanmoins, il y a des choses que nous pouvons faire.

Premièrement, les gouvernements peuvent favoriser les partenariats entre les industries et les établissements d’enseignement, afin que les programmes d’enseignement correspondent aux besoins des marchés de l’emploi.

Deuxièmement, l’amélioration de l’efficacité des dépenses et des investissements dans le domaine de l’éducation grâce à des cadres renforcés de redevabilité en matière de performance peut également produire des résultats.

Il est possible de faire plus pour inciter le secteur privé à soutenir le développement du capital humain.

En outre, des réseaux éducatifs transcontinentaux peuvent promouvoir le partage des connaissances en Afrique et la reconnaissance mutuelle des systèmes d’éducation et de formation, et des qualifications.

Enfin, la réduction de la fracture numérique entre les hommes et les femmes doit être la priorité de tous, parce que c’est juste et c’est rentable d’un point de vue économique.

Mesdames et Messieurs,

Le sujet d’aujourd’hui ne pourrait être plus opportun.

L’avenir de plusieurs générations est en jeu.

Le coût de l’inaction est une perte inimaginable.

L’éducation reste une priorité absolue pour les Nations Unies, et je félicite l’Union africaine d’en avoir fait son domaine d’action principal de cette année.

La CEA reste déterminée à œuvrer avec vous à la mise en place d’un système éducatif adapté au XXIe siècle.

Je vous remercie de votre aimable attention.

Addis-Abeba

15 février 2024

 

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